PAR : Paul Sanders
Pasteur retraité, Église de Saint-Sébastien-sur-Loire. Consultant de la commission mission.

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Nos repères
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Dans ces lignes, nous nous interrogeons sur la question centrale suivante : quelle devrait être – et quelle pourrait être – l’implication de nos Églises dans la mission de Dieu au-delà des frontières de l’Europe francophone ? Il ne s’agit pas ici seulement de l’évangélisation locale, mais de la mission interculturelle et internationale. Notre réflexion s’inscrit dans une perspective biblique, théologique et pratique, et porte plus particulièrement le rôle de l’Église locale et de nos Églises associées.

Ce que nous devrions faire

Trois rappels théologiques

La missio Dei

La mission ne trouve pas son origine dans l’Église, mais en Dieu lui-même. La Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, présente un dessein unifié : Dieu œuvre à restaurer sa création et à révéler sa gloire. La mission constitue donc le fil conducteur de l’histoire du salut — création, chute, élection d’Israël, accomplissement en Christ, naissance de l’Église. Toute théologie authentique est intrinsèquement missionnaire. Une Église qui négligerait la dimension universelle de la mission s’éloignerait de son centre. La mission n’est pas une activité parmi d’autres : elle découle de la nature même de Dieu et doit orienter la vie de l’Église dans toutes ses dimensions.

La continuité néotestamentaire

Le mandat du Christ vise explicitement l’ensemble des peuples. Les expressions « jusqu’aux extrémités de la terre » et « toutes les nations » ont une portée géographique et interculturelle permanente. Elles ne concernent pas uniquement la première génération chrétienne. Le Nouveau Testament révèle une dynamique d’envoi : le Père envoie le Fils, le Fils envoie les disciples, l’Esprit est donné pour équiper l’Église. Cette cascade d’envois structure encore aujourd’hui l’identité missionnaire de l’Église.

La responsabilité de l’Église locale

La mise en œuvre de la mission commence dans l’Église locale. L’exemple d’Antioche (Actes 13) illustre ce principe : l’Esprit appelle, l’Église reconnaît et envoie, les envoyés sont comptables devant l’Esprit et l’Église. Cependant, cette responsabilité locale s’inscrit dans une communion d’Églises. Le Nouveau Testament témoigne de collaborations régionales, d’échanges de dons financiers et humains, et d’une circulation de responsables. La mission primitive était collective, multiforme et structurée. Ce modèle demeure pertinent : évangélisation, implantation d’Églises, formation, soutien matériel et discernement théologique relèvent d’une responsabilité partagée.

Trois réalités missiologiques contemporaines

Un monde en mouvement et en conflit

La mission s’exerce aujourd’hui dans un contexte marqué par la mondialisation, l’urbanisation, les migrations et les tensions géopolitiques. Les avancées technologiques coexistent avec des fractures sociales et des violences persistantes. Le « monde majoritaire » présente des défis complexes : instabilité politique, pauvreté, pluralisme religieux. L’engagement missionnaire exige lucidité, préparation et résilience.

Une Église planétaire dont le centre de gravité se déplace vers le Sud

Le christianisme n’est plus centré sur l’Europe. En l’espace d’un siècle, le centre de gravité s’est déplacé vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. Les Églises du Sud manifestent une vitalité spirituelle remarquable, souvent marquée par une forte dimension communautaire et expérientielle. La mission ne consiste plus seulement à « aller vers », mais à collaborer. Les Églises occidentales doivent apprendre à coopérer humblement avec des Églises issues de contextes différents, y compris celles issues de l’immigration et présentes sur leur propre sol.

Un partenariat missionnaire mondial

Depuis le congrès de Lausanne (1974), il est reconnu que la responsabilité missionnaire incombe à l’ensemble du corps de Christ. Des pays qui étaient autrefois considérés comme « champs de mission » envoient désormais de nombreux missionnaires. Ce nouveau paradigme suppose un partenariat fondé sur l’humilité, la réciprocité et le sacrifice. L’histoire montre d’ailleurs un lien constant entre réveil spirituel et engagement missionnaire : la vitalité intérieure engendre l’élan vers l’extérieur, et réciproquement.

Ce que nous pourrions faire

Deux hésitations à dépasser

L’hésitation des priorités

Certains estiment que nos pays européens sont eux-mêmes des champs missionnaires et qu’il faut d’abord consolider nos Églises locales. Cette préoccupation est légitime, mais elle ne justifie pas l’abandon de la dimension universelle. L’Écriture ne propose pas d’alternative entre mission locale et internationale.

L’hésitation des moyens

Nos communautés sont souvent petites et limitées en ressources. Pourtant, le Nouveau Testament montre que même des Églises récentes et modestes ont contribué tant financièrement qu’humainement à la mission. Une participation proportionnelle, même modeste, est possible. La mission lointaine possède en outre une dimension altruiste spirituelle : elle ne procure pas nécessairement de bénéfices directs ou visibles pour l’Église qui donne, mais participe à l’œuvre globale de Dieu, et c'est un élan que Dieu honore !

Quatre principes pour une Église locale en mission

Priorité à la spiritualité

La vocation missionnaire naît de l’écoute de Dieu, de la prière et de l’enseignement fidèle de la Parole. Une Église missionnaire est d’abord une Église soumise à l’Esprit.

Mentalité du sacrifice

Envoyer implique renoncer. À Antioche, deux des principaux responsables ont été mis à part. Donner des ressources humaines et financières fait partie intégrante de l’identité missionnaire.

Souci de la qualité et de l’accompagnement

Le missionnaire est confronté à des défis culturels, linguistiques, spirituels et relationnels. L’Église qui envoie doit assurer la prière, le soutien matériel, la formation continue et l’accompagnement pastoral.

Vision à long terme

Les vocations se développent progressivement au sein de l’Église. Le discipulat, l’engagement local, l’apprentissage de la collaboration et du service constituent le terreau des futurs envoyés. La mission s’intègre dans la culture ecclésiale sur le long terme.

Moyens concrets pour aller plus loin

  • Maintenir l’évangélisation et le discipulat local, sans les opposer à la mission internationale. Une Église vivante engendre naturellement une ouverture missionnaire.
  • Investir dans la formation et la sensibilisation missionnaire, notamment auprès des jeunes, en proposant un enseignement biblique solide, des informations sur la mission, des contacts avec des missionnaires et des expériences de service encadrées.
  • Développer des partenariats structurés entre les Églises locales, l’Association baptiste et les œuvres missionnaires, selon le principe : faire ensemble ce que l’on ne peut faire seul.
  • Créer ou dynamiser une structure missionnaire au sein de l’Association baptiste, chargée d’informer, de conseiller, de coordonner les initiatives, d’encourager la prière, d’accompagner les vocations et de faciliter les collaborations internationales.

Conclusion

Un engagement renouvelé en faveur de la mission interculturelle ne s’oppose pas à l’évangélisation locale ; il la renforce. En élargissant notre horizon à la moisson mondiale, nous préservons aussi la santé spirituelle de nos Églises. La mission découle de la vision de Dieu et requiert des moyens concrets. Regarder vers les nations implique d’organiser, de prier, de donner et d’envoyer. Une Église centrée sur la missio Dei devient une Église vivante, généreuse et tournée vers l’avenir du Royaume.

Article paru dans :

février 2026

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Édito

La mission au cœur de nos Églises locales

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