PAR : Thierry Hirschy
Église de Claye-Souilly, pasteur

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Où exerces-tu ?

J'exerce mon ministère d'aumônier au Centre Pénitentiaire de Meaux-Chauconin, en Seine-et-Marne. C'est un établissement que je connais bien, puisque cela fait maintenant plus de vingt-cinq ans que j'y entre régulièrement et que j'en ressors ce qui, il faut bien le dire, reste un avantage non négligeable.

Comment cela a commencé ?

Tout a démarré de façon très simple, presque banale. Au début des années 2000, je suivais pastoralement une personne en grande difficulté sociale qui s'est retrouvée incarcérée à la prison de Meaux. L'aumônier protestant — à l'époque, c'était une prison située en centre-ville — m'a demandé de lui apporter quelques affaires pour cette personne. J’ai demandé à l’accompagner et il m'a emmené avec lui dans les couloirs pour me faire découvrir son ministère. Et dès cette première visite, quelque chose s'est passé en moi.

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Je pensais que l’aumônier « apportait » Christ en prison. J'ai découvert qu'il y était déjà. De cellule en cellule, j'ai vu cet aumônier parler naturellement avec ces hommes condamnés à des années de prison, leur proposer une Bible, prier avec eux. Et ces personnes étaient ouvertes, attentives, vraiment à l'écoute. J'ai demandé à revenir. Je n'en suis jamais reparti.

Après les démarches nécessaires — formation initiale, stage, agrément — j'ai été reconnu aumônier par la Fédération Protestante de France, qui est l'instance habilitée par le ministère de la Justice pour les protestants.

Quel est ton parcours dans ce ministère ?

Je me rends à la prison deux après-midis par semaine pour des visites individuelles en cellule. Le samedi matin, nous assurons un culte de 8h30 à 10h30, en rotation avec mes collègues aumôniers. Nous accueillons entre 25 et 30 détenus sur les plus de 60 inscrits — selon les parloirs, les corvées de cuisine ou les impondérables de la détention. Ce culte rassemble des croyants et des personnes qui sont en recherche d’aide.

Je fais également partie de la CEDEF (Commission d'Entraide auprès des Détenus et de leurs Familles), commission prison du CNEF. Cette structure a pour objectif de sensibiliser le monde évangélique aux ministères dans les prisons, mais aussi d'informer les Églises d'une commission qui peut être un vrai soutien pour les familles ayant un proche en détention. La CEDEF gère également un service de correspondance entre chrétiens et détenus, invite à la prière et aiguille les personnes qui sont souvent perdues face à ceux qui leur arrivent. 

Y a-t-il un lien avec l'Église locale ?

Absolument. Une fois par an, je propose une liste de douze personnes issues d'Églises de la région, que l'administration pénitentiaire habilite après enquête. Ces bénévoles peuvent alors m'accompagner pour animer le culte pendant un an. Lors des grandes fêtes — Noël, Pâques — je peux faire venir un groupe plus large de manière exceptionnelle.

Ce va-et-vient entre la prison et l'Église locale est précieux. Ceux qui franchissent le mur une fois ne voient plus les détenus de la même façon. Ceux qu'on imaginait comme des monstres deviennent des êtres humains avec une histoire, des blessures, un visage. Le regard change. C'est souvent le premier pas vers un engagement durable.

Une expérience encourageante ?

Il y en a beaucoup. Mais celle qui me revient souvent, c'est un homme sorti après huit ans de détention. Il m'a dit : « C'est une grâce que ce temps passé en prison. » On pourrait penser que c'est une façon de se consoler. Mais je crois qu'il le pensait vraiment. En prison, il avait rencontré le Seigneur, et cette rencontre avait tout changé.

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Il y a aussi cette réalité, à la fois étonnante et touchante : à la fin de l’un de mes premiers messages, quand j’ai fait un appel, toutes les mains se sont levées. Tous. Ce qui m’a surpris beaucoup. On est dans un autre monde. Un monde où la souffrance est telle que le besoin d'amour et d'attention est à fleur de peau. L'Évangile y trouve un écho immédiat — même si cela demande à être confirmé dans les cœurs avec le temps et surtout à la sortie.

Je dois être honnête, cependant : voir des hommes pleurer, se repentir sincèrement, et ne pas les retrouver à la sortie dans une Église — c'est douloureux. Beaucoup se fondent dans la nature, même si des années plus tard, on peut les croiser — mais cela aussi appartient à notre Seigneur. La réinsertion spirituelle est un défi aussi réel que la réinsertion sociale.

Un sujet de prière ?

Plusieurs. La période qui précède la sortie est particulièrement critique. Paradoxalement, le taux de tentatives de suicide est très élevé juste avant la libération. L'angoisse du dehors, après des années de vie encadrée, est immense. Nous avons besoin de davantage de structures d'accompagnement à la sortie — des lieux d'accueil pour ceux qui n'ont plus personne qui les attend. Priez aussi pour que des chrétiens se lèvent pour correspondre avec des détenus. Un courrier reçu dans une cellule peut changer une journée, parfois une vie.

Et priez pour que nos Églises locales s'ouvrent davantage à ce ministère.


Site de l'Aumônerie Protestante

Article paru dans :

juin 2026

Rubrique :
Ce qui se passe
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